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L’OMS dans les griffes des lobbyistes

J’ai regardé un reportage d’Arte d’avril 2017 intitulé « L’OMS dans les griffes des lobbyistes » qui dresse un portrait sombre du fonctionnement actuel de l’OMS.

Le reportage fait d’abord le constat de l’évolution des financements de l’OMS. Il y a quelques années, elle était financée à 80% par les États et à 20% par le privé. Aujourd’hui c’est l’inverse. Ses plus gros donateurs sont des fondations comme la fondation Bill et Melinda Gates ou des industriels, en particulier l’industrie pharmaceutique. Autre évolution, avant la majorité des financements étaient versés au budget global de l’OMS qui était alors libre d’en disposer comme elle souhaitait. Aujourd’hui, la majorité des financements sont versés à des projets spécifiques et ne peuvent donc être utilisés que dans un but déterminé par le donateur.

On voit déjà qu’à travers la question des financements, l’OMS a de moins en moins d’autonomie et dépend de plus en plus d’intérêt privés. Le reportage développe ensuite 3 grands exemples d’actions qui tendent à favoriser des intérêts privés au détriment du bien commun.

Le premier exemple est lié au géant de l’agro-chimie Monsanto : facilités grossières d’autorisations de ses produits, minorations scandaleuses de leurs effets sanitaires sur les populations et l’environnement, tout est bon pour faire des cadeaux à Monsanto quitte à empoisonner des populations entières.

Le deuxième exemple est la gestion de l’épidémie H1N1 et la façon dont l’OMS a promu des médicaments onéreux, pas ou peu efficaces voire dangereux pour enrichir certains de ses donateurs.

Enfin, le dernier exemple traite de la question du nucléaire. Il est expliqué que, peu après sa création, l’OMS a signé une convention avec l’AIEA (l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique) qui interdit à l’OMS de publier un rapport contraire aux intérêts de l’industrie nucléaire sans l’accord de l’AIEA. On voit alors les conséquences de cet accord pour la gestion des crises de Tchernobyl et de Fukushima.

Ce reportage est terriblement d’actualité alors que l’OMS croule sous les critiques pour sa gestion de la crise du COVID-19.

Ceci dit, alors que ce reportage se veut particulièrement critique sur le fonctionnement actuel de l’OMS, il est en fait une magnifique œuvre de propagande pro-OMS avec notamment cette scène finale où on voit toutes les personnes qui ont critiqué l’OMS depuis le début du reportage déclarer les unes après les autres « le monde a besoin d’une OMS forte et indépendante ». Effectivement, c’est ce que je vois partout : l’OMS ne fonctionne pas correctement mais nous avons fondamentalement besoin d’une Organisation Mondiale de la Santé, elle doit juste retrouver son indépendance.

Personne ne se demande jamais ce que veut vraiment dire « indépendante » : indépendante de quoi ? indépendante de qui ? D’où doivent provenir les fonds de l’OMS s’ils ne proviennent ni des États partisans et corrompus ni des sociétés privées qui privilégient leur business ? L’OMS doit-elle s’autofinancer ?

Même si l’OMS trouvait le moyen de disposer de financements sans pression des financeurs : qui déciderait de la façon d’utiliser cet argent ?

L’idée qui transpire derrière beaucoup d’articles ou de reportages, est une vision scientiste du monde : un monde où la Science juste et impartiale guiderait des décisions rationnelles et incontestables. Une sorte de dictature technocratique qui se justifierait par sa rationalité. Or s’il est bien une chose que la Science ne fera jamais c’est prendre des décisions, prioriser, arbitrer. La Science permet d’apporter de nouvelles compréhension du monde mais la décision reste du domaine de la Politique.

En ce qui me concerne, je suis fondamentalement contre une Organisation Mondiale de la Pensée Unique dans le domaine de la Santé. Le monde n’a pas nécessairement besoin d’une organisation centralisée pour voir des États coopérer. Une grande partie des coopérations les plus fructueuses s’est d’ailleurs faite en dehors de ces structures.

À l’inverse, je trouve très intéressant l’appel de Madagascar à créer une union africaine. Je serais beaucoup plus inspiré par des organisations régionales qui pourraient elles-mêmes coopérer entre-elles que par une organisation mondiale et centralisée.

Références complémentaires :

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