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Généraliser le port du masque pour nous sauver de l’épidémie : une fausse bonne idée.

NB : Quand certains articles ont été supprimés après la publication de mon billet, j’ai mis les liens des pages archivées à la place.

J’ai entendu maintes fois qu’il fallait porter un masque parce que ça arrête les micro-gouttelettes qui transmettent le virus. J’ai eu envie d’écrire cet article après avoir lu un nouveau commentaire de ce type qui se basait une étude parue dans Nature en mai 2020.

Ce qui me gène ici, n’est pas l’étude en elle-même mais les conclusions qu’on en tire. Explications.

D’un côté, on a une étude qui fait respirer, parler ou tousser des gens malades avec ou sans masque (chirurgical) et mesure la présence de virus sur un capteur dans chacun des cas. L’étude conclut que « le port de masques chirurgicaux pourrait prévenir la transmission de coronavirus humains et du virus de la grippe à partir de partir d’individus symptomatiques ».

Ce que concluent la plupart des gens, c’est que le port généralisé de masques au niveau de la population va ralentir la diffusion du coronavirus et in fine diminuer le nombre de morts. Je voudrais montrer pourquoi cette extrapolation n’est pas si évidente.

Ici, on passe de « quand un malade porte un masque, il projette moins de gouttelettes infectées » à « si tout le monde porte un masque, on aura moins de morts ». C’est un peu comme faire des crash-tests avec des mannequins à vélo qui portent un casque, valider le fait que les mannequins avec un casque ont moins de traumatismes crâniens et en conclure qu’en généralisant le port du casque à tous les cyclistes on fera baisser le nombre de morts. Ça paraît logique mais tous les pays qui ont essayé ont connu une augmentation du taux de mortalité chez les cyclistes.

Pour en revenir à nos masques, cette généralisation se heurte à plusieurs biais :

  • d’abord l’étude porte sur des individus symptomatiques. On peut donc se demander l’intérêt du port du masque pour des individus asymptomatiques. A minima, elle ne prouve rien surtout alors que l’OMS vient d’annoncer qu’il n’y a pas de transmission par les individus asymptomatiques ou qu’elle reste très rare.
  • le contexte de vie quotidienne est bien loin des conditions de l’étude. L’étude ne porte que sur les masques chirurgicaux et respecte certainement les précautions de manipulations du milieu médical. On est loin du contexte où les gens portent toutes sortes de masques, plus ou moins bien ajustés, les touchent sans arrêt pour les remettre en place, les portent pendant plus de 4h, les rangent dans leur poche ou leur sac, etc. Beaucoup de précautions du milieu médical paraissent difficiles à appliquer dans la vie quotidienne et ces conditions peuvent transformer un objet protecteur en support de transmission.
  • les mesures sont faites sur la base de sessions de moins de 30 minutes. Qu’en est-il pour des périodes plus longues ? Quel est le degré de protection de masques humidifiés par la respiration ? À quel point est-il supportable pour un patient malade de porter un masque pour des périodes plus longues ?

Mais surtout, la grosse arnaque intellectuelle est de penser qu’en diminuant la transmission par les gouttelettes on va baisser le nombre de morts. L’idée derrière tout ça est que, même si la proportion de formes graves est faible, plus il y aura de personnes infectées, plus il y aura de formes graves. Ça n’est pas si évident.

Alors que plus de 98% des personnes en contact avec le coronavirus seront asymptomatiques ou ne développeront que des formes légères de la maladie, le problème n’est pas forcément la transmission mais la régulation de la charge virale. La transmission pourrait même être nécessaire si on part dans l’idée d’atteindre une immunité de groupe.

Au niveau de la charge virale, quand le virus se développe chez une personne infectée, le corps a 2 mécanismes principaux pour réguler la présence du virus :

  • le système immunitaire
  • l’expulsion du « trop plein » de virus par l’air expiré

Pour le premier point, de nombreuses études montrent que le port prolongé de masques affaiblit le système immunitaire à la fois par la diminution de l’oxygène et par l’augmentation du CO2 dans le sang. Il peut même exposer à plus de troubles et infections respiratoires dans le cas des masques en tissu.

Au niveau de l’expulsion de virus par l’air expiré, même si les masques pouvaient protéger les interlocuteurs des virus expirés, le malade, lui, va re-respirer ses propres virus ce qui conduira à augmenter sa charge virale.

Non seulement, il n’est pas du tout évident que le port prolongé de masques puisse réduire la transmission du virus en conditions de vie quotidienne mais il pourrait même augmenter l’apparition de formes graves. Or c’est le seul vrai problème, peu importe si tout le monde est contaminé si personne n’est malade.

À tout ça, il faudrait rajouter l’effet anxiogène de la généralisation du port du masque et des gestes barrières qui est une cause majeure d’affaiblissement du système immunitaire.

Tout est question d’évaluation du bénéfice-risque. La plupart des études en faveur du masque ne s’intéressent pas au risque et quasiment aucune ne se base en conditions de vie réelle. Il existe bien-sûr des situations où le port du masque est préférable mais je voulais mettre en garde contre cette idée facile qu’une généralisation du port du masque diminuera forcément le nombre de morts. C’est loin d’être évident et probablement même le contraire. En particulier, le bénéfice-risque n’apparaît pas en faveur du port prolongé du masque pour des personnes asymptomatiques. C’est pourquoi l’OMS recommande de ne porter un masque que pour s’occuper d’une personne présumée infectée.

Références complémentaires :

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